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Publié le 9 septembre 2026 · Mis à jour le 10 octobre 2026 · Par Marie Castelli, Partner, Mentivis

Formation obligatoire en entreprise : obligations légales et par secteur

En France, tout employeur doit assurer l'adaptation de ses salariés à leur poste et veiller à leur capacité à occuper un emploi (article L6321-1 du Code du travail), leur donner une formation pratique à la sécurité (article L4141-2) et organiser l'entretien de parcours professionnel. S'y ajoutent des formations réglementaires propres à certaines activités : habilitation électrique, conduite d'engins, secourisme, amiante, hygiène alimentaire en restauration commerciale, transport routier.

Pilier : Conformité et formation à l'IA : l'AI Act et les compétences à développer

Quelles obligations de formation pèsent sur tout employeur ?

Adapter et maintenir l'employabilité. L'article L6321-1 impose à l'employeur d'assurer l'adaptation des salariés à leur poste et de veiller au maintien de leur capacité à occuper un emploi, au regard de l'évolution des emplois, des technologies et des organisations. Cette obligation vaut dès le premier salarié. La Cour de cassation juge qu'elle relève de l'initiative de l'employeur : l'absence de demande de formation de la part du salarié ne l'en dispense pas (Cass. soc., 18 juin 2014, n° 13-14.916).

Former à la sécurité. L'article L4141-2 oblige l'employeur à organiser une formation pratique et appropriée à la sécurité pour les salariés qu'il embauche, ceux qui changent de poste ou de technique, les intérimaires, et, à la demande du médecin du travail, ceux qui reprennent après un arrêt d'au moins 21 jours. Cette formation est renouvelée périodiquement. Les salariés en CDD et les intérimaires affectés à des postes présentant des risques particuliers doivent recevoir une formation renforcée à la sécurité (article L4154-2).

Organiser l'entretien de parcours professionnel. Depuis la loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025, il a lieu dans la première année suivant l'embauche puis tous les quatre ans (voir Entretien professionnel : obligations et risques).

Payer le temps de formation. Une formation qui conditionne l'exercice d'une activité ou d'une fonction, en application d'une convention internationale ou de dispositions légales et réglementaires, constitue du temps de travail effectif et donne lieu au maintien de la rémunération (article L6321-2).

Quelles formations réglementaires selon l'activité ?

Formation Qui est concerné Texte de référence Périodicité si prévue
Habilitation électrique Travailleurs effectuant des opérations sur les installations électriques ou à leur voisinage Code du travail, art. R4544-9 et suivants ; norme NF C 18-510 Recyclage conseillé tous les 3 ans par l'INRS
Conduite d'équipements mobiles automoteurs et de levage (chariots, nacelles, grues) Conducteurs ; autorisation de conduite délivrée par l'employeur pour certains équipements Art. R4323-55 (formation) et R4323-56 (autorisation de conduite) Aucune durée légale ; le CACES, issu de recommandations de l'Assurance maladie, est valable 5 ans (10 ans pour les engins de chantier)
Sauveteur secouriste du travail (SST) Un membre du personnel dans chaque atelier où sont effectués des travaux dangereux, et sur les chantiers d'au moins 20 travailleurs pendant plus de 15 jours avec travaux dangereux Art. R4224-15 Certificat valable 24 mois, recyclage de 7 heures (INRS)
Prévention du risque amiante Travailleurs susceptibles d'intervenir sur des matériaux contenant de l'amiante, avant la première intervention Art. L4141-2 ; arrêté du 23 février 2012 modifié Renouvellement périodique fixé par l'arrêté
Hygiène alimentaire en restauration commerciale Au moins une personne de l'effectif de chaque établissement de restauration traditionnelle, cafétéria ou restauration rapide Code rural, art. L233-4 ; décret n° 2011-731 ; arrêté du 5 octobre 2011 Formation de 14 heures
FIMO et FCO (conducteurs routiers) Conducteurs de véhicules de marchandises de plus de 3,5 tonnes ou de transport de voyageurs de plus de 8 places assises Code des transports, art. L3314-1 et suivants ; décret n° 2007-1340 FIMO de 140 heures, puis FCO de 35 heures tous les 5 ans

Habilitation électrique. Seuls les travailleurs habilités peuvent effectuer des opérations sur les installations électriques ou à leur voisinage (article R4544-9). L'habilitation est délivrée par l'employeur après une formation théorique et pratique et un avis d'aptitude médicale, selon l'INRS.

Conduite d'engins. La conduite des équipements de travail mobiles automoteurs et des équipements de levage est réservée aux travailleurs ayant reçu une formation adéquate (article R4323-55). Pour certains équipements (grues, chariots à conducteur porté, plates-formes élévatrices mobiles de personnes), l'employeur doit délivrer une autorisation de conduite. Le CACES n'est pas une obligation réglementaire en soi : c'est le moyen le plus répandu de justifier les connaissances et le savoir-faire exigés pour cette autorisation.

Hygiène alimentaire : quel périmètre ? L'obligation de l'article L233-4 du code rural vise les seuls établissements de restauration commerciale, y compris les activités exercées à titre secondaire ou dans des structures mobiles ; la restauration collective n'entre pas dans ce champ. Le règlement (CE) n° 852/2004 impose par ailleurs à tous les exploitants du secteur alimentaire de veiller à ce que les manipulateurs de denrées soient encadrés ou formés à l'hygiène, et à ce que les responsables de la démarche HACCP soient formés à ses principes, selon l'instruction de la DGAL.

Transport routier. La formation initiale minimale obligatoire (FIMO) dure 140 heures ; la formation continue obligatoire (FCO) dure 35 heures et se renouvelle tous les cinq ans, selon le ministère chargé des transports.

Santé. Le PROPIAS (programme national d'actions de prévention des infections associées aux soins) est un programme d'actions du ministère de la Santé, et non une formation réglementaire sanctionnée par une attestation.

Et l'intelligence artificielle ?

L'article 4 du règlement (UE) 2024/1689 sur l'IA s'applique aux fournisseurs et aux déployeurs, c'est-à-dire à toute entreprise qui utilise un système d'IA dans un cadre professionnel. Depuis le règlement (UE) 2026/1744 dit « omnibus numérique », entré en vigueur le 27 juillet 2026, il leur demande de prendre des mesures pour soutenir le développement de la maîtrise de l'IA de leur personnel, en tenant compte des connaissances de chacun et du contexte d'utilisation, sans exiger de garantir un niveau précis pour chaque personne. La mise en œuvre est détaillée dans AI Act article 4 : ce que votre entreprise doit mettre en place.

Que risque l'employeur en cas de manquement ?

Sanction pénale. L'article L4741-1 punit d'une amende de 10 000 euros l'employeur qui, par sa faute personnelle, enfreint les règles de santé et de sécurité du Code du travail, dont celles relatives à la formation des travailleurs. L'amende s'applique autant de fois qu'il y a de salariés concernés.

Faute inexcusable. En cas d'accident du travail ou de maladie professionnelle, l'absence de formation peut caractériser une faute inexcusable de l'employeur. Il s'agit d'un régime de sécurité sociale, et non d'une sanction pénale : la victime obtient une majoration de sa rente et la réparation de préjudices complémentaires (articles L452-1 et suivants du code de la sécurité sociale), que la caisse récupère ensuite auprès de l'employeur. Pour un salarié en CDD ou intérimaire affecté à un poste à risque sans formation renforcée, la faute inexcusable est présumée (article L4154-3).

Contentieux prud'homal. Le manquement à l'obligation d'adaptation peut ouvrir droit à des dommages et intérêts au profit du salarié.

Abondement du CPF. Dans les entreprises d'au moins 50 salariés, l'absence d'entretiens et de formation non obligatoire sur huit ans entraîne un abondement de 3 000 euros au compte personnel de formation du salarié.

Questions fréquentes

Une formation obligatoire peut-elle se dérouler hors du temps de travail ?

Non. Une formation qui conditionne l'exercice d'une activité en application de dispositions légales ou réglementaires constitue du temps de travail effectif, et la rémunération est maintenue (article L6321-2 du Code du travail).

Le CACES est-il obligatoire ?

Pas au sens strict. Le Code du travail impose une formation adéquate et, pour certains équipements, une autorisation de conduite délivrée par l'employeur. Le CACES, issu de recommandations de l'Assurance maladie, est le moyen le plus courant d'en justifier.

La formation HACCP est-elle obligatoire dans toute l'agroalimentaire ?

L'obligation de former au moins une personne (14 heures) ne vise que la restauration commerciale. Les autres exploitants du secteur alimentaire doivent assurer une formation à l'hygiène adaptée à l'activité, au titre du règlement (CE) n° 852/2004, sans format imposé.

La faute inexcusable est-elle une sanction pénale ?

Non. Elle relève du code de la sécurité sociale et ouvre droit à une indemnisation renforcée de la victime. Des poursuites pénales sont possibles en parallèle, sur d'autres fondements.

Combien de temps le certificat SST est-il valable ?

24 mois, selon l'INRS. Il est prolongé par une session de maintien et d'actualisation des compétences de 7 heures.

Sources

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Produits concernés : MentivisOS Entreprise, MentivisOS Education

Financement de la formation en entreprise : OPCO, CPF, reconversion (2026)
Entretien professionnel : règles 2026, sanction et contenu utile