Publié le 9 septembre 2026 · Mis à jour le 10 octobre 2026 · Par Marie Castelli, Partner, Mentivis
Obsolescence des compétences : comment savoir si votre équipe est à risque ?
L'obsolescence des compétences désigne la perte de valeur d'une compétence quand les technologies, les méthodes ou les attentes d'un métier évoluent. Selon le Future of Jobs Report 2025 du Forum économique mondial, les employeurs estiment que 39 % des compétences actuelles des travailleurs seront transformées ou deviendront obsolètes entre 2025 et 2030. Une équipe est à risque quand ses compétences clés sont routinières, liées à un outil précis et rarement renouvelées.
Pilier : Mesure des compétences : méthodes, outils et indicateurs
Qu'est-ce que l'obsolescence des compétences ?
Une compétence devient obsolète quand elle ne permet plus de tenir le poste au niveau attendu. Trois mécanismes y conduisent :
- L'automatisation. Une tâche est reprise, en tout ou partie, par un logiciel ou une IA.
- Le changement d'outil ou de méthode. La compétence était liée à un logiciel, une norme ou un procédé remplacé.
- L'évolution des attentes. Le métier demande désormais d'autres compétences (analyse, relation client, supervision de l'IA).
On parle parfois de « demi-vie » des compétences, c'est-à-dire le temps au bout duquel la moitié de ce qu'on a appris perd sa valeur. C'est une image utile, pas une mesure : il n'existe pas de statistique officielle de la durée de vie d'une compétence. En particulier, l'affirmation selon laquelle la durée de vie d'une compétence serait passée « de 30 ans à 5 ans selon le Forum économique mondial » ne figure pas dans la synthèse du Future of Jobs Report 2025, et nous n'en avons pas trouvé la source.
Que disent les données ?
Trois sources publiques permettent de cadrer le sujet :
| Source | Date | Ce qu'elle mesure | Résultat |
|---|---|---|---|
| Forum économique mondial, Future of Jobs Report 2025 | 7 janvier 2025 | Part des compétences des travailleurs qui seront transformées ou obsolètes, selon les employeurs | 39 % sur 2025-2030, contre 44 % dans l'édition 2023 et 57 % dans celle de 2020 |
| OCDE, Perspectives de l'emploi 2023 | 11 juillet 2023 | Part des emplois dans des professions à risque élevé d'automatisation (toutes technologies, IA comprise) | 27 % des emplois dans les pays de l'OCDE |
| IBM Institute for Business Value, Augmented work for an automated, AI-driven world | 11 août 2023 | Part des effectifs à requalifier à cause de l'IA et de l'automatisation, selon les dirigeants interrogés | 40 % sur les trois années suivantes |
Ces chiffres sont des estimations déclarées par des employeurs ou des projections. Ils indiquent un ordre de grandeur et une tendance, pas une prévision pour une équipe donnée.
Le Forum économique mondial relie la baisse de l'indicateur entre 2023 et 2025 à la progression de la formation : 50 % des travailleurs auraient suivi une action de formation, de requalification ou de montée en compétences, contre 41 % dans l'édition 2023. Le même rapport classe l'IA et le big data, puis les réseaux et la cybersécurité, et la culture technologique en tête des compétences dont la demande progresse le plus vite.
Quels signaux indiquent qu'une équipe est à risque ?
Trois critères permettent d'évaluer l'exposition d'une compétence :
- Le degré de routine. Les compétences qui consistent à appliquer une règle à des données structurées (saisie, contrôle sur critères fixes, production de documents standard) sont les plus exposées à l'automatisation.
- La dépendance à un outil. Une compétence définie par la maîtrise d'un logiciel précis est exposée à chaque évolution de cet outil. Une compétence définie par un type de problème à résoudre, quel que soit l'outil, dure davantage.
- La part du travail que l'IA peut produire. Si une IA générative produit en quelques minutes un résultat comparable à celui d'un salarié, la valeur de cette compétence baisse, tandis que celle de la supervision et de la vérification augmente.
S'y ajoutent deux signaux internes : l'absence de formation sur la compétence depuis plusieurs années, et la concentration de la compétence sur une ou deux personnes.
Comment faire le diagnostic : la matrice maîtrise / exposition
Un exercice simple consiste à lister les 20 à 30 compétences clés de l'équipe (celles dont l'absence bloquerait l'activité) et à les noter sur deux axes :
- le niveau de maîtrise actuel dans l'équipe, de 1 à 5 ;
- le niveau d'exposition à l'obsolescence dans les trois ans, de 1 à 5, à partir des trois critères ci-dessus.
| Exposition faible | Exposition forte | |
|---|---|---|
| Maîtrise forte | Compétences à entretenir | Compétences à faire évoluer ou à reconvertir |
| Maîtrise faible | Compétences à développer selon les besoins | Priorités du plan de formation |
Pour construire la liste et les niveaux, voir Matrice de compétences : définition, modèle et mode d'emploi et Cartographie des compétences.
Que faire des compétences à risque ?
- Réviser le référentiel. Redéfinir les compétences autour des problèmes à résoudre plutôt que des outils (voir Référentiel de compétences).
- Former à la supervision de l'IA. Vérifier, corriger et compléter ce que produit un outil d'IA devient une compétence en soi (voir Quelles compétences IA former en priorité).
- Organiser des mobilités. Les salariés qui maîtrisent une compétence exposée connaissent le métier : ce sont souvent les meilleurs candidats pour les compétences voisines en croissance.
- Revoir le diagnostic chaque année, au moment du plan de développement des compétences.
Questions fréquentes
Sources
À lire aussi
- Référentiel de compétences : définition, construction et exemples
- Cartographie des compétences : définition, méthode en 5 étapes et exemple
- Matrice de compétences : définition, modèle et mode d'emploi
- GEPP (ex-GPEC) : définition, obligations et mise en œuvre
Produits concernés : MentivisOS Entreprise