Publié le 26 septembre 2026 · Mis à jour le 10 octobre 2026 · Par Marie Castelli, Partner, Mentivis
Cartographie des compétences : définition, méthode en 5 étapes et exemple
La cartographie des compétences est l'état des lieux, à une date donnée, des compétences réellement détenues dans une organisation, rapportées aux compétences requises par chaque emploi. Elle croise un référentiel (la cible) et une évaluation des niveaux (l'existant) pour faire apparaître les écarts, les compétences critiques mal couvertes et les dépendances à quelques personnes, afin de décider des actions : formation, mobilité, tutorat ou recrutement.
Pilier : Mesure des compétences : méthodes, outils et indicateurs
Qu'est-ce qu'une cartographie des compétences ?
Une cartographie des compétences répond à une question simple : de quelles compétences l'organisation dispose-t-elle aujourd'hui, où sont-elles, et où manquent-elles au regard des besoins ? Elle se construit par métier, par équipe ou par site, et porte sur les compétences techniques, comportementales et transverses (outils numériques, langues, usage de l'IA).
Elle n'a de valeur que si elle débouche sur une décision. Une cartographie qui reste un fichier consulté une fois par an décrit une situation déjà dépassée ; une cartographie reliée au plan de développement des compétences devient un outil de pilotage.
Cartographie, référentiel, matrice : quelles différences ?
Les trois termes sont souvent confondus. Ils désignent pourtant trois objets distincts et complémentaires.
| Outil | Ce qu'il décrit | Question à laquelle il répond |
|---|---|---|
| Référentiel de compétences | Les compétences attendues pour un emploi, avec leurs critères | Que faut-il savoir faire ? |
| Matrice de compétences | Le niveau de chaque personne d'une équipe sur chaque compétence, dans un tableau | Qui sait faire quoi, à quel niveau ? |
| Cartographie des compétences | La vue d'ensemble consolidée à l'échelle de l'organisation, avec les écarts et les risques | Où sont les écarts qui comptent, et que faire ? |
Le référentiel définit la cible, la matrice mesure l'existant équipe par équipe, la cartographie agrège et interprète. Dans le Code du travail, le référentiel de compétences des certifications professionnelles est défini comme le document qui « identifie les compétences et les connaissances, y compris transversales » découlant des activités (article L6113-1). Ce vocabulaire est utile en entreprise, même hors certification.
Méthode en 5 étapes
1. Fixer le périmètre et l'objectif.
Choisissez un périmètre pilote (un métier, un service) et un usage précis : préparer le plan de développement des compétences, anticiper un départ en retraite, accompagner un changement d'outil. Un objectif flou produit une cartographie exhaustive et inutilisable.
2. Établir le référentiel des emplois concernés.
Listez, pour chaque emploi, 8 à 15 compétences observables et le niveau requis. Il n'est pas nécessaire de partir d'une page blanche : le ROME 4.0 de France Travail décrit 1 911 fiches métiers avec leurs savoir-faire, savoirs et savoir-être, sous licence ouverte, et la classification européenne ESCO recense 3 039 professions et 13 939 aptitudes et compétences, consultables gratuitement.
3. Évaluer les niveaux réels.
Combinez plusieurs sources : auto-évaluation, appréciation du manager, et surtout des éléments objectifs (mises en situation, résultats d'évaluations, certifications obtenues). Une échelle commune et définie par écrit, par exemple de 0 à 4, évite que chaque manager note selon sa propre lecture.
4. Consolider et analyser les écarts.
Rassemblez les évaluations dans une matrice, puis repérez trois types de signaux : les écarts entre niveau requis et niveau réel, les compétences critiques détenues par une ou deux personnes seulement (risque de dépendance), et les compétences présentes mais inexploitées, utiles pour la mobilité interne.
5. Décider des actions et planifier la mise à jour.
Chaque écart significatif reçoit une réponse : formation ciblée, tutorat, mobilité, recrutement ou acceptation du risque. Fixez dès le départ la fréquence de mise à jour et la source des nouvelles données ; idéalement, les résultats des évaluations de formation alimentent directement la cartographie.
Exemple de cartographie (fictif)
L'exemple suivant est fictif et sert uniquement d'illustration. Il porte sur un service comptable de 8 personnes, avec une échelle de 0 (non acquis) à 4 (expert, capable de former).
| Compétence | Niveau requis | Personnes au niveau requis | Écart | Criticité | Action retenue |
|---|---|---|---|---|---|
| Clôture mensuelle | 3 | 6 sur 8 | 2 personnes | Forte | Tutorat interne sur deux clôtures |
| Facturation électronique | 3 | 2 sur 8 | 6 personnes | Forte | Formation collective avant l'échéance |
| Consolidation | 3 | 1 sur 8 | Dépendance à une personne | Forte | Binôme de transmission et documentation |
| Tableur avancé | 2 | 7 sur 8 | 1 personne | Moyenne | Module individuel en ligne |
| Usage d'un assistant IA pour l'analyse | 2 | 3 sur 8 | 5 personnes | Moyenne | Atelier pratique et règles d'usage |
La lecture utile ne porte pas sur la moyenne du service mais sur les lignes à forte criticité : ici, la consolidation repose sur une seule personne et la facturation électronique est peu couverte. Ce sont les deux priorités du plan d'action.
Quel lien avec la GEPP et le plan de développement des compétences ?
La cartographie est la base factuelle de la gestion des emplois et des parcours professionnels (GEPP). Les entreprises et groupes d'au moins 300 salariés doivent négocier sur la GEPP, et l'article L2242-20 du Code du travail inclut dans cette négociation les grandes orientations à trois ans de la formation et les objectifs du plan de développement des compétences. Sans cartographie, ces orientations reposent sur des impressions. Elle nourrit aussi les entretiens professionnels et le recrutement par compétences.
Quelles sont les erreurs fréquentes ?
- Trop de compétences. Un référentiel de 60 lignes par emploi ne sera jamais évalué sérieusement. Mieux vaut peu de compétences, bien décrites.
- Une échelle sans définition. « Niveau 3 » doit correspondre à un comportement observable, identique pour tous les évaluateurs.
- Le seul déclaratif. L'auto-évaluation est utile pour ouvrir le dialogue, insuffisante pour décider. Voir la mesure de l'acquisition, au-delà du taux de complétion.
- Une photographie figée. Sans source de mise à jour, la cartographie perd sa valeur dès que les équipes évoluent.
- L'oubli du cadre social et des données personnelles. Le comité social et économique (CSE) est informé préalablement à l'introduction de traitements automatisés de gestion du personnel (article L2312-38 du Code du travail), et les niveaux de compétence individuels sont des données personnelles soumises au RGPD.
Questions fréquentes
Sources
- Article L6113-1 du Code du travail (référentiels et blocs de compétences), Code du travail numérique, ministère du Travail
- Article L2242-20 du Code du travail (négociation sur la GEPP), Code du travail numérique, ministère du Travail
- Article L2312-38 du Code du travail (information du CSE), Code du travail numérique, ministère du Travail
- Répertoire Opérationnel des Métiers et des Emplois (ROME), France Travail, data.gouv.fr, 2026
- Qu'est-ce que la classification ESCO ?, Commission européenne
- Enregistrer une certification au RNCP, pour quoi faire ?, France Compétences
À lire aussi
- Référentiel de compétences : définition, construction et exemples
- Matrice de compétences : définition, modèle et mode d'emploi
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- Mesurer l'acquisition de compétences : au-delà du taux de complétion
Produits concernés : MentivisOS Entreprise