Note de cadrage, chiffres officiels, comparaison 2025 versus 2026, focus sur les jeunes sans le bac. Sources DEPP, SIES, INSEE, DARES.

1. Le tableau d'ensemble, effectifs prévus rentrée 2026

Trois grands blocs à distinguer, avec des dynamiques opposées entre le scolaire et le supérieur.

Segment Effectifs rentrée 2025 Effectifs prévus rentrée 2026 Variation
Premier degré, public plus privé sous contrat 6 149 500 6 024 100 moins 125 400, soit moins 2,0 %
Second degré, public plus privé sous contrat 5 619 700 5 583 500 moins 36 200, soit moins 0,6 %
Enseignement supérieur, total France 3 027 000 3 046 800 plus 19 800, soit plus 0,7 %
Total scolaire, premier plus second degré 11 769 200 11 607 600 moins 161 600, soit moins 1,4 %

Lecture. Le scolaire perd 160 000 élèves en une seule rentrée, la plus forte baisse historique enregistrée par la DEPP. Le supérieur, à l'inverse, continue de progresser légèrement, mais moins vite qu'au cours des années 2010.

Source primaire, DEPP, Projections d'effectifs d'élèves à horizon 2035, note d'information numéro 26-09 publiée le 7 avril 2026. Source supérieur, SIES, note flash numéro 25, prévisions des effectifs d'octobre 2025.

2. Répartition public et privé dans le supérieur

C'est là que la dynamique est la plus intéressante et la plus stratégique pour les acteurs privés.

Sur les 3,04 millions d'étudiants de la rentrée 2026, la croissance est très inégalement répartie.

Sous-secteur Tendance 2025 versus 2026
Universités publiques Croissance modérée, portée par certaines disciplines
Écoles de commerce Croissance soutenue
Écoles d'ingénieurs Croissance soutenue
Établissements privés au sens large Croissance la plus dynamique
BTS et STS En repli

Autrement dit, on assiste à un enseignement supérieur à deux vitesses. Les écoles privées et les grandes écoles captent la croissance, pendant que le BTS, filière traditionnelle d'insertion professionnelle post-bac, recule. Ce n'est pas une nouveauté conjoncturelle, c'est un mouvement structurel confirmé pour la troisième année consécutive.

Source, SIES, note flash numéro 25 d'octobre 2025.

3. Focus, les jeunes sans le bac et les décrocheurs

Point souvent oublié dans les analyses centrées sur l'enseignement supérieur. Sur 100 jeunes qui sortent chaque année du système éducatif français, la répartition est la suivante, selon les données DEPP et INSEE arrêtées à 2024.

Niveau de sortie Part Détail
Diplômés de l'enseignement supérieur 52 % Bac plus 2 à bac plus 5 et au-delà
Diplômés du second degré 38 % 29 % avec le bac général, technologique ou pro, 9 % avec un CAP, BEP ou équivalent
Sortie sans diplôme ou avec seulement le brevet 10 % 6 % avec le seul DNB, 4 % sans aucun diplôme

Traduit en volume, cela représente environ 90 000 jeunes chaque année qui quittent le système sans diplôme du second degré, dont environ 36 000 sans aucun diplôme.

Un chiffre plus concret pour l'insertion. Six mois après leur sortie du lycée ou du CFA, 73 % des lycéens sont en emploi, mais seulement 46 % des titulaires d'un CAP sont insérés. L'écart entre les deux dit l'essentiel du problème français, un système où le lycée général mène quelque part, où le lycée pro et le CAP mènent souvent nulle part sans étape supplémentaire.

Zones les plus touchées par la non-diplomation, les Hauts-de-France, avec 12 % de jeunes de 16 à 24 ans non diplômés et non scolarisés, contre 8,7 % en France métropolitaine, selon l'INSEE.

Sources, DEPP, L'éducation nationale en chiffres, édition 2025, publiée en août 2025. DARES et DEPP, InserJeunes, janvier 2024. INSEE, enquêtes emploi 2021 à 2023. INSEE, Analyses Hauts-de-France numéro 107.

4. Ce qui bouge du côté de la formation professionnelle et de l'apprentissage

La dépense nationale de formation professionnelle et d'apprentissage est de 56,6 milliards d'euros en 2024, soit 1,94 % du PIB, en légère baisse par rapport à 2023, selon la DARES. L'État a réduit ses dotations à France Compétences de 1,6 milliard en 2024 à 850 millions en 2025, avec des coupes sur l'apprentissage et une restriction du CPF prévue en 2026.

Le paradoxe. Les entreprises adoptent l'IA plus vite qu'elles ne forment, et l'État réduit le financement de la formation au moment où le besoin de reskilling augmente structurellement. Ce n'est pas un choix idéologique, c'est une contrainte budgétaire subie.

5. Interprétation, ce que ces chiffres racontent vraiment

Trois lectures qui vont bien au-delà des chiffres bruts.

Premièrement, l'école française entre dans une décennie de contraction démographique historique. Perdre 160 000 élèves en une rentrée n'est pas un accident, c'est le début d'une trajectoire qui verra 1,7 million d'élèves en moins d'ici 2035, soit une baisse de 14 % de la population scolaire totale. Les conséquences sont massives, fermetures d'écoles, redéploiement d'enseignants, pression sur l'immobilier scolaire, et surtout, chute mécanique du vivier d'étudiants entrant dans le supérieur à horizon 2030.

Deuxièmement, le supérieur français bascule vers le privé. La croissance des effectifs se concentre presque entièrement dans les écoles de commerce, les écoles d'ingénieurs et les établissements privés au sens large, pendant que le BTS recule. Le modèle public traditionnel, universités de masse plus BTS d'insertion, perd du terrain face à un privé qui capte à la fois la croissance et la valeur perçue. Ce mouvement va se renforcer, pas s'inverser.

Troisièmement, les 10 % qui sortent sans diplôme sont l'angle mort permanent des politiques publiques françaises. Ce sont environ 90 000 jeunes par an, plus les CAP mal insérés qui ajoutent une deuxième vague, soit plus de 130 000 jeunes chaque année pour qui le système ne remplit pas son rôle d'insertion. Aucun plan récent ne les cible spécifiquement à grande échelle. C'est précisément le segment qui bénéficierait le plus d'un accès personnalisé à la formation, gratuit ou quasi gratuit, sans barrière administrative. Or c'est aussi celui vers lequel les financements publics et les acteurs privés se tournent le moins, car il n'a ni le pouvoir d'achat des étudiants d'écoles privées, ni la structure administrative des dispositifs OPCO pour les salariés en poste.

En résumé, le marché français de l'éducation en septembre 2026 se caractérise par un scolaire qui rétrécit vite, un supérieur qui se privatise, une formation continue sous contrainte budgétaire, et une population non diplômée durablement laissée en marge. Les gagnants seront ceux qui sauront s'adresser aux deux extrêmes de ce marché, soit le haut du panier des écoles privées qui capte la croissance, soit les publics fragiles que personne ne finance sérieusement mais qui représentent un besoin social et économique massif.


Sources principales

Ministère de l'Éducation nationale, DEPP, Projections d'effectifs d'élèves à horizon 2035, note d'information numéro 26-09, 7 avril 2026, https://www.education.gouv.fr/depp/projections-d-effectifs-d-eleves-dans-les-premier-et-second-degres-horizon-2035-504275

Ministère de l'Enseignement supérieur, SIES, Note flash numéro 25, Prévisions des effectifs dans l'enseignement supérieur rentrées 2025 et 2026, octobre 2025, https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/previsions-des-effectifs-dans-l-enseignement-superieur-rentrees-2025-et-2026-100152

Ministère de l'Éducation nationale, DEPP, L'éducation nationale en chiffres, édition 2025, août 2025, https://www.education.gouv.fr/depp/l-education-nationale-en-chiffres-edition-2025-452838

DARES et DEPP, InserJeunes, données janvier 2024.

INSEE, Formations et emploi, Niveau de formation, données 2021 à 2023, https://www.insee.fr/fr/statistiques/8305502

INSEE, Analyses Hauts-de-France numéro 107, Un jeune sur huit non scolarisé et non diplômé, https://www.insee.fr/fr/statistiques/4251578

Banque des Territoires, Baisse des effectifs scolaires, dépêche du 8 avril 2026, https://www.banquedesterritoires.fr/baisse-des-effectifs-scolaires-des-previsions-dix-ans-preoccupantes

France Info, Rentrée scolaire 2026, 21 élèves par classe dans le premier degré, octobre 2025, https://www.franceinfo.fr/replay-radio/le-vrai-du-faux/rentree-scolaire-2026-y-aura-t-il-21-eleves-par-classe-dans-le-1er-degre-comme-l-affirme-le-nouveau-ministre-de-l-education_7543567.html

Note, tous les chiffres cités sont issus de sources officielles françaises publiées entre octobre 2025 et août 2026. Les projections DEPP et SIES sont des prévisions, pas des données constatées, et peuvent être révisées à la marge après la rentrée effective de septembre 2026.

Mentivis automne 2026.